User:Forestier/L'ile des vierges: Difference between revisions

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Cadre médiéval. Un noble parti à la conquête d'une ile mythique doit affronter les pouvoirs de la Déesse


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Malgré la fatigue de la journée, j'avais de la difficulté à dormir. La pleine lune illuminait notre baraque, et cela réveillait en moi trop de mauvais souvenirs. Cette pleine lune qui régentait la vie sur cette ile damnée!

Tout avait pourtant commencé par une idée si brillante!


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Étant le troisième fils d'un comte — ne vous trompez pas, malgré le titre de noblesse, nous ne vivions pas riche — mon avenir n'étant pas des plus brillants. Mon frère ainé, bien entendu, succéderait à notre père. Pour se préparer à cette tâche bien moins qu'écrasante, il avait passé une partie de son enfance à la cour d'un ami de mon père, comte lui aussi. Il en avait profité pour séduire la fille de son tuteur, qu'il épouserait et ramènerait à la maison, où elle y serait comtesse. Ma comtesse.

Mon second frère, quant à lui, avait déjà commencé une brillante carrière d'officier dans l'armée royale. Carrière prestigieuse mais sans réel danger, vu que le royaume étant en paix avec ses voisins. Le seul risque qu'il encourait serait de perdre la face lors d'un tournoi. Il courtisait la fille d'un grand officier du royaume, ce qui n'était pas pour nuire à son avancement. En attendant la nuit de noce, eh bien... les soldats, et encore mieux les officiers, n'ont guère à s'échiner pour trouver à dormir bien au chaud.

J'avais aussi une sœur. Bien sûr, elle avait déjà été donnée en mariage à un des fils du duc voisin. Il faut savoir soigner ses relations.

Mais moi, le petit dernier... Si le domaine de mon père avait été plus grand et d'un meilleur rendement, mon comte de père aurait pu me donner une pension qui m'aurait garanti une vie confortable et aurait fait de moi un parti acceptable. Mais, les choses étant ce qu'elles étaient, il ne me restait plus que la perspective d'une vie monastique, avec peut-être la chance de devenir un jour supérieur de mon monastère lorsque je serais vieux.

En fait, je n'y pensais pas trop. Comme tous les fils de noble, même pauvres, j'avais passé ma jeunesse à apprendre à monter à cheval et à tirer l'épée. Je me distrayais en chassant et en culbutant les filles de cuisine et celles de nos serfs. Ce n'est lorsque le représentant du monastère voisin arriva à notre château et que mon vieux père m'appela auprès de lui pour m'annoncer mon destin que je pris soudain conscience que ma vie allait bientôt finir. Car peut-on appeler vie celle qu'on vit dans la froide cellule d'un monastère? Même une femme peut avoir une meilleure vie!

Ce fut ma première nuit blanche. Le lendemain, je devrais accompagner le moine avec une petite escorte pour aller m'enterrer vivant. Je me ressassais les souvenirs de mon enfance insouciante, les rumeurs d'un monde que je ne connaitrais jamais. Soudain, j'eus une idée. Brillante. L'idée qui allait changer ma vie. Comme j'avais raison de le penser, hélas!

J'allai réveiller mon écuyer. En fait, guère plus qu'un garçon d'écurie avec un bel habit. Il m'était fidèle. Peut-être même qu'il compatissait à mon sort, m'imaginais-je. Sans bruit, en bâillant, il sella nos chevaux pendant que je prenais dans les cuisines de quoi nous nourrir pour quelques jours. Car j'avais décidé de partir. J'allais accomplir un haut fait. J'aillais montrer à mon père et au royaume tout entier que j'étais digne des plus grands honneurs.

Une des histoires qui avaient bercé mon enfance était celle de l'ile des vierges. Une ile habitée seulement par des femmes, qui accueillaient les hommes de passage avec un appétit charnel dépassant tous les rêves. Elles seraient une sorte de prêtresses et auraient juré de rester à l'écart du monde pour servir quelque divinité païenne, mais cela ne les empêchait pas de savoir apprécier les plaisirs qu'un homme d'expérience saurait leur faire connaitre. Les hommes étaient donc les bienvenus, pour un temps, en tout cas. Ils colportaient ensuite cette histoire.

Cette ile, j'allais la trouver, y pénétrer et la soumettre pour la plus grande gloire de notre royaume. J'étais fils de comte, et ce n'est pas quelques vierges effarouchées adorant une fausse déesse qui viendraient à bout de moi. Bien sûr, mon père n'accepterait pas qu'on défie ainsi son autorité. Il me fallait donc partir nuitamment et revenir auréolé de gloire.


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J'avais une vague idée de l'emplacement de l'ile, près d'une côte sauvage, et c'est dans la direction de la mer que nos pas se tournèrent. Étant fils d'un comte, je trouvais à me loger et à me réapprovisionner facilement. Mon écuyer s'ennuyait de sa famille et de ses chevaux, mais il me suivait, bercé par mon rêve, que je lui avais confié. Cependant, là où je passais, je mentais sur ma destination, de peur qu'on me prenne pour un fou poursuivant une chimère.

Bientôt, le pays se fit plus désolé, et nous dûmes rationner nos provisions. Seuls nos chevaux mangeaient à l'aise. De temps en temps, une fermier nous disait avoir entendu parler de cette fameuse ile, mais il était difficile de se faire une idée de son emplacement exact.

Mon écuyer et moi nous sommes donc mis à longer la côte dans l'espoir de trouver quelque indice. J'avais finalement vendu nos chevaux, car la route ne leur convenait plus. Un matin, à l'aube, alors que le brouillard nous isolait presque du monde, je me réveillai avec la conviction d'avoir trouvé.


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Encore le matin. Malgré ma fatigue, je dois me lever et accomplir mes corvées. Si j'ose lever la voix, on me fouette. J'ai appris la leçon et j'obéis humblement, bien qu'il m'en coute. J'aurais bien dû apprendre plus tôt à obéir et suivre l'ordre de mon père d'aller au monastère plutôt que de partir dans une aventure d'où nul ne me sauvera jamais. Je me serais au moins épargné ce travail éreintant et le courroux de la Déesse.


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Une barque était attachée dans une petite anse, et je sentais confusément qu'il me suffirait d'aller vers le large pour accomplir mon destin. Mon écuyer avait peur. Il n'avait jamais navigué; au mieux avait-il traversé à gué les quelques ruisseaux qui irriguent le domaine de mon père. J'avais peur moi aussi, mais je ne pouvais me permettre de le montrer. Comme ses pieds refusaient de bouger, malgré mes encouragements, je dus prendre une décision et lui remis une partie de ma bourse, devenue bien légère, avec l'ordre de m'attendre deux jours. Si je n'étais pas revenu, il pourrait partir. Il n'aurait pas à attendre bien longtemps: le brouillard se dissipait déjà et on devinait sur la mer une ile se découpant sur la lune couchante. Je montai sur la barque et me mis à godiller comme j'avais vu le faire au cours de notre voyage. On a toujours dit que j'apprenais vite.


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C'est aujourd'hui mon tour d'aller puiser l'eau pour la communauté. Je dois y passer une partie de la matinée, et le fardeau m'esquinte les épaules et le dos. Plus tard, j'aurai d'autres tâches, tout aussi fatigantes. Pendant ce temps, les Filles de la Déesse chantent, tressent des paniers, filent, tissent et brodent. Comme je les déteste!


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Mon intuition ne m'avait pas trompé. On m'attendait. Lorsque j'arrivai, toutes les vierges, vêtues de lin blanc, se tenaient en cercle autour d'une pierre grossièrement taillée et psalmodiaient je ne savais trop quel prière. Je n'écoutais guère, impressionné que j'étais par ce que je devinais sous leurs tuniques. Les derniers jours du voyage avaient été fort solitaires et ces jeunes filles étaient superbes. Lorsque la psalmodie arrêta, celle qui portait le plus costume me souhaita la bienvenue, m'appelant par mon nom, bien que je me tinsse caché avec toute l'habileté que mes chasses m'avaient apprise.

Peut-être mon odeur me trahit-elle, car les filles de la Déesse, comme elles s'appelaient, m'entourèrent bientôt en gloussant, mais à bonne distance.

«Silence, mes filles. Au nom de la Déesse, je te souhaite la bienvenue dans l'ile sacrée, Aldéric. Eh oui, nous te connaissons et nous t'avons suivi et guidé dans ta quête de notre repaire. Nous espérons que ton séjour chez nous te plaire, mais avant toute chose, tu dois prendre un bain!»

Un rire général accueillit ces dernières paroles. Comme ce rire était ensorcelant! On me conduisit alors dans une sorte de cabane, devant laquelle brulait un feu d'où des servantes tiraient des pierres qu'elles jetaient dans l'eau contenue dans une bassine. Il semblait donc bien que je t'étais attendu, bien que la chose ne me parût pas possible pour le moment. Comme dans un rêve, on me déshabilla, me lava, démêla mes cheveux, alors que les filles gloussaient de plus belle alors que je tâchais de cacher l'immense érection qui ne manqua pas de s'ensuivre.


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Aujourd'hui, c'est le jour du bain. Les pierres chaudes sont lourdes à transporter avec les tisonniers, et la chaleur devient vite insupportable. Et il faut aussi alimenter le feu. Quelle tâche désagréable, d'autant plus que je ne peux me laver que dans l'eau glaciale du torrent!


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Après le bain, on me remit une chemise, une tunique et des sandales neuves, les servantes ayant emporté mes vêtements pour les laver et les raccommoder. Tout semblait à ma taille. Les filles me conduisirent alors dans une petite maison, dans laquelle m'attendait la grande prêtresse, une femme d'un certain âge mais encore fort belle. Elle avait revêtu une robe plus simple que celle dans laquelle je l'avais vue la première fois, et ses longs cheveux dénoués tombaient sur ses épaules. Une odeur enivrante remplissait la pièce, et c'est dans comme dans un rêve qu'on me conduisit dans le lit qui se trouvait au centre de la pièce. Elle m'y accueillit avec un appétit charnel égal au mien et avec une impudeur et une connaissance des choses de l'amour que je n'avais jamais rencontré chez aucune femme.

Plus tard, après l'amour, elle m'apprit qu'elle était la grande prêtresse de la Déesse et qu'elle avait renoncé à tout autre nom. En tant que telle, elle avait le pouvoir et le devoir de veiller sur son ile et sur ses disciples, et m'avait donc vu arriver. La grande Déesse étant aussi celle de l'amour et de la procréation, les hommes bien nés et courageux étaient les bienvenus, mais ils ne restaient jamais longtemps, car la Déesse se devait d'être servie par des femmes. Je pourrais rester un certain temps, mais je devais répondre aux invitations que les filles de la Déesse me feraient de partager leur couche. Je dois dire que cette perspective m'enchantait, comme elle aurait enchanté tout homme.

Bientôt, on nous appela pour le repas du midi. Il était fort simple: du pain, des légumes, quelques fruits, car l'été était déjà avancé, une boisson légèrement enivrante. On m'apprit que l'ile produisait toute sa nourriture et que les servantes préparaient la nourriture en plus de cultiver les champs et le potager, les filles de la Déesse se consacrant à des tâches plus nobles. Bien sûr, j'avais été élevé dans un château, et cet état des choses me convenait parfaitement: les uns dirigent, les autres travaillent, et ainsi va le monde.


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La corvée de bois. Une lame de pierre pour couper les branches — le métal est rare et réservé à d'autres fins —, le fagot sur les épaules qui me brise le dos, et les épines qui me déchirent les mollets. Qu'ai-je fait pour mériter un tel sort, sinon être né homme?


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Au cours du repas, la grande prêtresse me rappela mon écuyer qui attendait sur la côte. Tiens, je l'avais oublié, celui-là. Je décidai d'aller le chercher, mais on me fit bien promettre de revenir! Je n'avais certes pas l'intention de m'enfuir. J'avais toujours mon plan en tête, et même sans cela, qui peut fuir devant la perspective de tant de nuits d'amour?

Je demandai à la grande prêtresse de me permettre d'amener une fille avec moi, mais elle me répondit, avec un sourire qui m'atteignit droit au cœur, qu'elles avaient fait le serment de rester sur l'ile, et que, de toute façon, mes habits neufs prouveraient mes dires quant à ma découverte.


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Évidemment que les filles restent sur l'ile! Que peuvent-elles faire d'autre? Et que puis-je faire d'autre?


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Les jours suivants se passèrent comme dans un rêve. Je passais tous mes nuits avec une fille différente, parfois expérimentée, parfois timide. Certaines étaient même vierges. Mon écuyer faisait de même, et, les matins, il souriait comme un idiot. Le jour, ou je passais mon temps avec mon écuyer en jouant aux cartes ou aux dés, ou je me promenais dans l'ile, parfois avec lui, parfois seul — il participait alors aux corvées avec les servantes. En effet, je désirais reconnaitre les différents aspects de l'ile, toujours dans le but de la conquérir. Même si l'absence d'épée à mon côté me faisait sentir un peu nu.

«Grâce au pouvoir de la Déesse, il n'y a dans Son ile aucun danger à craindre. Vous êtes nos hôtes, promenez-vous sans crainte et à votre guise», m'avait répondu la grande prêtresse quand je lui avais demandé mes armes. Elle ne comprenait évidemment pas qu'un homme de la noblesse ne sort pas sans ses armes. Ah! Les femmes, pensais-je!

Bien sûr, on me promit de me rendre mes biens quand je quitterais l'ile. D'ici là, on les garderait en sécurité, mais je ne savais pas où.

Partout, les servantes s'affairaient, toujours en silence, et baissaient les yeux à notre approche. Au début, j'avais pris cela pour une déférence bien naturelle, mais il me semblait de plus en plus qu'un autre sentiment les habitait, autre chose que l'envie, plutôt une sorte de honte. Je ne comprenais pas. D'autant plus que je les entendais chuchoter d'un air triste quand elles se croyaient seules, et non pas avec le ton de curiosité de tous les serviteurs du monde.

Je découvris peu à peu des champs d'orge, d'avoine, et aussi un pâturage, où une fille de la Déesse que je connaissais pas gardait des moutons. Elle me somma de la prendre là, sous un arbre.

Je découvris aussi, dans un coin reculé de l'ile, quelques enfants — des filles, bien entendu, éduquées par quelques dames plus âgées, qui me firent néanmoins de l'œil — et d'autres, plus jeunes, qui étaient nourries par des servantes. La présence de ces enfants me surprit un peu, mais je me dis que mes filles habiteraient peut-être là dans quelque temps. D'ailleurs, peut-être avais-je déjà des fils et des filles au domaine de mon père.

Mon père! Mon domaine! Mon haut fait! Je me ramollissais. Il fallait que je m'y mette. Mais comment conquérir quoi que ce soit à mains nues? La grande prêtresse avait surement des pouvoirs — sa connaissance de notre arrivée le prouvait sans conteste. Il me fallait mes armes. Mais comment les trouver?

J'entrepris de questionner les servantes. Mais elles restaient désespérément muettes, à distance et le regard fuyant. Je tentai d'en séduire une; j'avais l'habitude, chez moi, de les amener dans mon lit, mais ici, la présence de femmes impudiques de plus haut rang m'avait détourné de mes inférieures. Mais quand il faut, il faut! Étrangement, elle fuit mes caresses, et je pus lire dans ses yeux, incontestablement, de la terreur.

D'autres tentatives amenèrent le même résultat. J'étais révolté. Comment osaient-elles me résister? À la fin, n'y tenant plus, je giflai une des servantes, qui se sauva aussitôt en courant.


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On annonce une autre visite dans l'ile. Bien sûr, je ne pourrai pas communiquer ma détresse à cet infortuné aventurier. N'y a-t-il aucune issue à ma condition actuelle?


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Mais où diable étaient mes armes? Je résolus d'ordonner à la grande prêtresse de me les rendre. Je pourrais faire valoir que j'avais décidé de mettre fin à mon séjour. Néanmoins, quand je trouvai la prêtresse, elle était assise sur son trône, portait ses habits cérémoniels et étaient entourées de ses disciples, assises en rond autour de la place. Sans doute une autre cérémonie idiote, pensai-je.

«Aldéric, ta conduite me déçoit beaucoup. La Déesse, qui voit tout, sait que tu as attenté à la pudeur de nos servantes; Elle sait la violence de tes gestes et de tes intentions; Elle sait pourquoi tu es venu en ce lieu sacré; Elle sait que tu recherches tes armes, et à quelle fin. Et nous avons toutes pu constater que, lors de la communion des corps selon le désir de la Déesse, tu te préoccupes uniquement de ta jouissance, oubliant celle de ta partenaire, oubliant même le caractère sacré de cet acte. Tu voulais voir ces armes qui te relie à votre passé? Tu les verras. Suis-moi.»

Dire que j'avais peur serait en dessous de la vérité. J'étais mis à nu, bien plus que lors de mes amours. Et j'eus d'autant plus peur que je me rendis bien vite compte que j'étais dans l'impossibilité de fuir. Je devais suivre la prêtresse; mes jambes n'obéissaient plus à mon cœur.

«Peut-être te demandes-tu où se trouve ton écuyer, poursuivit-elle. Eh bien, la Déesse sait que son cœur est pur, et que c'est uniquement par loyauté envers toi qu'il t'a suivi jusqu'ici. Il a été serviable avec nos filles et nos servantes. Nous lui avons donc permis de partir il y a quelques jours, juste avant que votre séjour ait surpassé un cycle lunaire. Je sais que tu ne t'inquiètes pas du tout pour lui, mais sache qu'il a emporté ton argent et qu'il pourra s'établir sur une ferme, prendre femme et élever une famille en homme libre.»

Parti avec mon argent? Et il vivrait en homme libre alors qu'il appartenait à ma maison? Je bouillais de colère, mais le même sort qui contrôlait mes jambes collait aussi ma langue à mon palais, de telle sorte que je ne pus réagir à cette scandaleuse annonce.

Nous allâmes donc en procession, moi, les filles de la Déesse et même les servantes, jusque dans une grotte enfumée que je n'avais encore jamais remarquée. Mes armes y étaient entreposées, avec mes habits, sur une sorte de présentoir, voire d'autel.

«Vois ces armes auxquelles tu tiens tant, Aldéric, et qui sont le symbole de la virilité. Regarde-les bien.»

Je ne pouvais pas en détacher les yeux. Ni étendre ma main vers elles. Toute retraite m'était interdite. J'entendis alors une vieille femme entamer une psalmodie inconnue, que toutes les prêtresses répétèrent. La tête me tourna, et je perdis bientôt connaissance.


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Je me réveillais avec une gueule de bois de première ordre, et pensai tout d'abord que je m'étais enivré d'aplomb avec des copains. Mais tout semblait si étrange. Où étais-je? Quelle était cette chambre? Et ces voix que j'entendais?

«Je vois qu'Alda est réveillée. Il est temps de lui faire connaitre ses tâches. Debout!»

Alda? Qui était Alda? J'allais poser la question, lorsque—

«Debout, j'ai dit! On doit t'amener devant la grande prêtresse! Plus vite que ça!»

J'avais mal à la tête, je voulais rester couché, je ne savais pas où j'étais ni qui était cette Alda. J'ouvris quand même un peu les yeux, et je vis alors que les servantes que je connaissais me regardaient d'un air suffisant.

À ma grande surprise, l'une d'entre elles me retira vivement ma couverture. Par réflexe, devant toutes ces femmes à peu près inconnues, je portai rapidement mes mains à mon sexe, pour le cacher. Elles ne rencontrèrent rien que quelques poils. Quoi? Que se passait-il? OÙ ÉTAIT PASSÉE MA VIRILITÉ? À L'AIDE!

Mes réflexions furent rapidement interrompues. On me tira sans ménagement du lit — ou plutôt de la paillasse — et on mit me debout. Je tentai de me débattre et j'eus sur-le-champ deux surprises: j'étais si faible que je ne pouvais plus me défendre contre des femmes; et, alors que je me débattais, je me rendis compte que des seins ballottaient sur ma poitrine. Nom de Dieu (ou plutôt de la Déesse, comme je l'appris bientôt), j'étais devenu une femme! Moi, une femme!

Tout à fait assommé par ce nouvel état, je fus porté vers la grande prêtresse. On me fit agenouiller devant elle.

«Ah, te voilà enfin, Alda, toi qui fus Aldéric. Sans doute te demandes-tu ce qui t'est arrivé. C'est bien simple. Cette ile est sacrée, nous te l'avions dit, mais peut-être l'as-tu oublié. C'est l'ile de la Déesse. Tous nos visiteurs masculins doivent la quitter avant qu'un cycle lunaire se soit écoulé. Autrement, ils grossissent les rangs de nos servantes. Vu que tu n'as pas su t'attirer notre respect, tu devras dorénavant travailler pour nous...»

C'en était trop. On ne m'avait rien dit, on m'avait dressé un piège. «Mais qu'est-ce que c'est que cette...», commençais-je à demander, d'une voix qui se voulait autoritaire mais qui sonna si bizarre à mes oreilles. Un coup de fouet zébra mon dos. «Aïe!»

«Les servantes ne parlent que quand on les interroge! Tais-toi et obéis. Maintenant, rassieds-toi et écoute.»

Toute l'expérience d'une vie de commandement me portait à prendre la parole, mais la honte de mon nouvel état, la surprise de ma voix si peu autoritaire, et surtout le souvenir cuisant du fouet me dictèrent l'obéissance.

«C'est mieux. Et baisse les yeux, servante! C'est bien.

«Alda, tu as été un homme méprisable, sans aucun respect pour les femmes ni pour tes subordonnés, que tu utilisais comme des objets pour les oublier aussitôt. Sans doute as-tu été éduqué de la sorte, mais ce comportement déplait hautement à la Déesse, qui est femme et qui partage les souffrances des femmes, comme tu les partageras dorénavant. Tu obéiras à toutes les filles de la Déesse ainsi qu'à Rhéa, chef des servantes. Elle est habilitée à te donner le fouet, comme tu t'en es rendu compte, n'est-ce pas? Et, avant de te laisser partir, je t'apprendrai avec bonheur qu'au moins quatre d'entre nous sont enceintes de tes anciennes œuvres. Toi qui étais si prompt à engrosser les femmes, sans doute seras-tu heureuse de t'occuper de tes enfants lorsqu'elles seront nées. Maintenant, avant de partir, dis-moi si tu seras une servante humble et obéissante, Alda.»

«Je vous obéirai humblement, maitresse.» Ces mots me brulaient la bouche.

«Alda, dis que tu seras une servante obéissante et humble. Tu es une femme, maintenant, et tu dois parler de toi au féminin.»

Elle avait raison. Je ne pouvais pas parler au féminin de moi-même, mais le souvenir du fouet... «Oui, maitresse, je serai une... servante... obéis...sante... et humble.» Je manquai m'évanouir.


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Le claquement du fouet à mes oreilles me réveilla promptement. Après que la grande prêtresse eut signifié mon congé, on me mit rapidement au travail. Les servantes — je veux dire: les autres servantes — se rappelaient la hauteur dont j'avais fait preuve à leur égard, et commencèrent à me traiter assez durement. C'est moi qui héritais des corvées les plus dures, et mon nouveau corps, bien plus faible que l'ancien, n'était nullement fait pour ces travaux. Je devais chercher du bois, puiser l'eau, laver les vêtements. Sans doute pour m'humilier davantage, on m'apprit à repriser les vêtements — d'abord les nôtres, puis ceux des prêtresses.

Toujours on me surveillait, et je ne pouvais guère relâcher mon ardeur. J'essayai bien de tricher, mais je reçus rapidement le fouet — Dieu que ma peau était sensible — si bien que j'appris bientôt à m'abstenir d'essayer.

Chaque soir, je tombais de fatigue. Les nuits qui autrefois signifiaient l'amour se limitaient dorénavant au sommeil. Bien sûr, mon nouveau corps m'intriguait, mais entre le travail et le sommeil, toujours surveillée, je n'avais jamais l'occasion de l'explorer. Je me caressai quelquefois les seins, ce qui provoqua en moi un plaisir nouveau, tant de tenir à nouveau des seins dans mes mains que de sentir des mains sur mes seins, mais le sommeil venait toujours trop vite. De toute manière, sans homme, comment aurais-je pu connaitre les plaisirs que mon corps pouvait receler? Bien sûr, je continuais à regarder le corps de mes compagnes avec envie, mais qu'est-ce que cela pouvait bien me donner, dans mon nouvel état?

Vint une nouvelle pleine lune. L'automne approchait, et on nous avait donné des robes de laine à porter par-dessus notre chemise de lin grossier. Je ne dormais pas, comme j'en pris bientôt l'habitude à cette période du mois. J'avais eu mes premières règles et je maudissais encore plus la Déesse et ses sales prêtresses. Au cours de la journée, j'avais revu la chaloupe amarrée à l'ile et entraperçu le continent. La nuit, personne ne nous gardait, et personne ne gardait la chaloupe. J'avais donc décidé de m'enfuir. J'avais de nouveau volé quelque nourriture et je pris la route de la mer à la lueur de la lune. Il y avait un peu de brouillard, mais grâce à la lune, je saurais trouver mon chemin. J'embarquai et me mis à godiller, certes avec plus de difficulté que lors de mon arrivée — ces bras manquaient vraiment de force, ce qui était tout à fait naturel pour ceux d'une femme — mais la haine qui m'habitait nourrit ma détermination. Je prenais bien garde de tenir mon cap, mais le trajet semblait sans fin.

Bientôt l'aube vint, la lune se coucha, et je ne pus que constater que j'étais revenue à mon point de départ. La prêtresse ainsi que Rhéa m'attendaient sur la berge. Je pensai bien me jeter à l'eau, mais j'étais tellement épuisée, et l'eau semblait si froide, si glauque. J'arrêtai de godiller, et la chaloupe revint d'elle-même jusqu'à la grève. J'en débarquai, sure d'être à nouveau fouettée, mais les deux femmes souriaient, comme si elles se moquaient de moi. J'avais bien appris auprès des autres servantes, et à mes dépens, combien les femmes pouvaient se moquer les unes des autres. Même si je tombais d'épuisement, la peur du châtiment me tint debout alors qu'elles m'ordonnèrent de marcher avec elle.

«Je t'avais dit, Alda, dit la grande prêtresse, que les femmes au service de la Déesses ne pouvaient pas quitter l'ile. Son domaine est notre domaine. Cette fois-ci, tu ne seras pas punie, mais nous dirons aux autres filles ce qui s'est passé.

«Cependant, réfléchis. Comment aurais-tu survécu sur le continent? Personne ne te connait, tu n'as ni argent ni armes, et tu aurais tôt fait d'être violentée par le premier homme qui te rencontrerait. Alda, remercie la Déesse de te donner ainsi hospitalité.

«Par ailleurs, j'ai décidé d'une autre punition pour toi, une punition à la mesure de ta nouvelle féminité. Ne demande pas; tu la connaitras en son temps», termina-t-elle, énigmatique. Comme d'habitude, je n'osai pas lui demander des explications.

Pendant plusieurs jours, toutes les filles de l'ile ne pouvaient pas me regarder sans pouffer. J'avais honte, et j'aurais voulu me cacher. Mais il fallait rentrer les récoltes et se préparer pour l'hiver.

Peu à peu, je fus de plus en plus acceptée par mes compagnes. On oubliait qui j'avais été auparavant, et je commençais presque, par moments, à l'oublier moi-même.

La nuit, souvent, je rêvais que j'étais encore celui que j'avais été. Je me rappelais mes dernières nuits, si pleines de plaisirs, de sorte que, lorsque je me réveillais, j'étais toujours de nouveau horrifiée par l'absence si frappante de mon sexe dressé. Il m'en arrivait parfois de crier.

Cependant, je rêvais aussi du plaisir qu'il y aurait qu'un homme partage ma couche. Ces rêves étaient encore plus déstabilisants. Je me faisais peu à peu à l'idée d'être une femme. Mais je n'avais guère le loisir d'y penser longuement.

Il m'arriva même de partager la couche d'une compagne. C'était l'hiver, il faisait froid, et j'aurais alors bien aimé posséder encore ma virilité. Je ressentais parfois comme un manque dans mon entre-jambe, mais, sans homme, personne ne savait y remédier. Nous n'avions qu'à dormir. Parfois avec difficulté. Mais il faisait bon de sentir mon corps contre celui d'une autre.


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Un soir, je me mis à explorer parfois davantage les étranges replis entre mes cuisses. Je savais que seule la présence d'un homme pouvait donner du plaisir à une femme, mais je prenais quelque plaisir à passer mes doigts dans ma... ma vulve, et même à explorer mon vagin. Je découvris même un endroit plus sensible que les autres, mais je craignis de m'y attarder et m'endormis insatisfaite.

Le lendemain, je fus de nouveau amenée devant la grande prêtresse. «Alda, me dit-elle, si tu es une servante, c'est pour expier les péchés que tu as commis dans ta vie antérieure. Il est inadmissible que tu t'aventures dans des chemins que la Déesse réprouve.» Je ne savais pas du tout de quoi elle voulait parler. «Nous nous doutions que ce moment allait venir, et c'est pourquoi nous avons façonné ton épée de manière à te protéger des mauvaises tentations. Déshabille-toi. Complètement.»

Bien que cela fût incompréhensible, j'eus honte de me dévoiler ainsi devant ces femmes rassemblées. Elle m'ajustèrent alors une ceinture métallique qui passait aussi entre mes cuisses, avec seulement une petite ouverture pour laisser passer l'urine et les menstrues. Oui, j'en avais entendu parler. Une ceinture de chasteté. On disait que des chevaliers jaloux les mettaient à leur épouse avant de partir longtemps, pour une Croisade, par exemple. Mais quel pouvait donc en être l'usage alors qu'il n'y avait aucun homme dans l'ile?

Cependant, dès la nuit suivante, j'eus de la difficulté à dormir. Non seulement la ceinture était inconfortable, et bien entendu inamovible, mais mon corps réclamait les mêmes caresses que le soir précédent, caresses qu'il m'était maintenant impossible de lui donner. Je tentai de presser la ceinture contre ma vulve, tentai aussi de la déplacer pour simuler une caresse, tentait d'introduire mes doigts dans l'étroite ouverture ou sur le côté de la ceinture, tout cela en vain. Je mis bien du temps à m'endormir, et les nuits suivantes de même.


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Le printemps vint, et avec lui la naissance des enfants des filles de la Déesses. De mes enfants, et de ceux de mon écuyer. Elles ne sauraient jamais qui était leur père; comment aurais-je pu le leur dire? Comment comprendre l'idée de père quand il n'y a aucun homme autour de soi?

La nuit du premier accouchement, je fus prise d'une douleur intenable, comme si un fer brulant pénétrait mes entrailles. On m'apprit bientôt que j'avais été choisie pour partager les douleurs de l'accouchement des mes anciennes amantes, de manière à les atténuer pour elles. Je pestais, je criais, je tentais d'arracher la ceinture maudite comme pour atteindre la source de ma douleur — même si je savais que tout cela était magique — mais il n'y avait rien que je pusse faire. Les douleurs augmentèrent, se rapprochèrent, durant plusieurs heures. Finalement, le premier bébé naquit et je pus me reposer.

Mais mon martyre n'était pas fini. Je fus contrainte de participer ainsi à deux autres naissances. Comment les femmes pouvaient-elles accepter de partager la couche des hommes si telle était pour elles la conséquence de ce bref plaisir? Et comment, surtout, pouvaient-elles désirer de nouveaux enfants? Bien que je fusse une femme, cela me semblait encore plus impensable qu'auparavant. Mais il faut dire que je n'avais que peu réfléchi à cette question.

Peu après la dernière naissance, alors que je gisais prostrée sur ma paillasse, on vint me chercher pour entendre les prêtresses réciter une nouvelle psalmodie. Quel mauvais sort allait-on encore me jeter? Je sentis bientôt mes seins se gonfler douloureusement. On avait décidé que j'allaiterais le dernier-né. En effet, ce sont toujours les servantes qui nourrissent les enfants. Je l'avais déjà constaté, mais j'avais oublié. Malgré la honte qui m'étreignait, mes compagnes m'enviaient. En effet, les tâches que le nourrices avaient à accomplir étaient bien moins lourdes.

Malgré cela, je ne voulais pas, je ne voulais pas, je ne voulais pas! Allaiter signifiait s'abaisser au plus bas de ce qui définissait une femme. La plus idiote des paysannes peut allaiter, tout comme une vache ou une chèvre. Ce qui restait de mon orgueil masculin s'y refusait. Mais mes seins me faisaient mal, et je savais que la seule manière d'atténuer mon inconfort — après avoir partagé les douleurs de l'accouchement, j'avais changé mon idée de ce que signifiaient souffrance et inconfort — je n'eus d'autre choix que d'accepter mon sort.

À mon corps défendant, j'y pris du plaisir. Bien que je dusse me lever la nuit, bien que ma fille vomît sur moi, j'aimais cela. Mon bas-ventre avait cessé de me torturer, ce qui me rendait la vie plus douce, et mon état de nourrice me mettait dans une sorte de rêverie. Je réparais les vêtements, je participais à la cuisine, et j'allaitais.

Toute bonne chose ayant une fin, je dus un jour sevrer ma fille. On me l'enleva alors, de manière à ce que les filles de la Déesse fasse son éducation. J'eus de la peine, mais le travail incessant me permit d'éviter d'y penser.

Je ne pensais plus à ma vie ancienne. Les mois passaient et la routine nous abrutissait. J'avais appris que mes compagnes avaient toutes été des visiteurs, comme moi, et que la magie de l'ile nous retenait toutes, nous enlevant même l'envie et la force morale de quitter — sans parler de la honte de notre nouvel état — et qu'elle allongeait même notre vie.

Plusieurs d'entre elles portaient aussi une ceinture de chasteté, et nous ne pouvions guère nous soutenir les unes les autres. Nous partagions parfois nos paillasses, même si le contact de nos corps était autant réconfortant qu'il éveillait dans nos entrailles des désirs qu'il nous était impossible de satisfaire.

La routine fit que je fus fort surprise quand on nous apprit que des visiteurs arriveraient d'ici quelques semaines, et que la grande prêtresse travaillait à les guider vers nous, selon le souhait de la Déesse.

Je me mis de nouveau à fantasmer sur les hommes qui allaient nous rendre visite. Je ne pensais même plus à les avertir de partir au plus vite. Mes compagnes étaient tout aussi excitées que moi. Je savais qu'il me serait impossible de partager leur couche — après être allée jusqu'à me blesser, j'avais renoncé, comme les autres, à tenter d'enlever la ceinture — mais je ne pouvais m'empêcher de rêver.

Finalement, ils arrivèrent. Ils étaient trois, et deux femmes voyageaient avec eux. La veille de leur arrivée, les prêtresses invoquèrent un sort de mutisme à notre endroit, de telle sorte qu'il nous était impossible de leur adresser la parole pour les avertir du danger, et aucune d'entre nous ne savait écrire. Nous en étions réduites, comme à mon arrivée, à obéir en silence, les yeux baissés. Même les regardes francs étaient hors de notre portée. J'aurais tellement aimé les avertir, leur demander des nouvelles, leur demander de porter de mes nouvelles, mais cela m'était interdit.

Alors que les deux femmes s'intéressaient au culte de la Déesse, les hommes vagabondaient. Je dus même défendre ma pudeur contre des mains baladeuses, le tout sans pouvoir expliquer ma conduite. J'avais surtout peur que les mains de l'homme ne découvre ma ceinture. Quelle honte j'aurais alors éprouvée! Mais ses mains... étaient si belles, si fortes, si viriles. Je ne pouvais m'empêcher de les imaginer caressant mes seins ou mes hanches, comme je me souvenais vaguement l'avoir déjà fait à une époque qui me semblait si lointaine...

Deux des hommes repartirent avant le moment fatidique. Les femmes restèrent, pensant étudier les secrets de la Déesse. Mais lorsque l'homme fut contraint de changer son état, celle qui était sa bonne amie se rebella contre ce scandale inadmissible et chercha à attaquer les coupables. Elle nous rejoignit bientôt dans notre cabane. Bien sûr, elle chercha à s'enfuit dès que son ancien amant se fut rétabli, et, bien sûr, elles revinrent à l'ile, penaudes.

L'autre femme, par contre, était la sœur de cet homme et trouva ce nouvel arrangement tout à fait de son gout. Elle n'avait jamais aimé la façon dont son frère la traitait et se mit à lui faire faire les tâches les plus fatigantes et les plus dévirilisante, allant jusqu'à lui demander de brosser ses cheveux et de la laver.

La bonne amie de cette nouvelle servante ne put que se détourner de lui, d'elle, plutôt, car elle s'était renfermée en elle-même et ne parlait à aucune d'entre nous. Nous nous rapprochâmes de cette femme. Elle connaissait assez peu les nouvelles du royaume, mais je pus apprendre que le roi qui régnait quand j'était arrivée était mort depuis des années et que son petit-fils était maintenant le souverain.

Étais-je dans cette ile maudite depuis si longtemps? Nous avions toutes perdu le compte des années, mais il était certain que le temps ne s'écoulait pas de la même manière ici que dans la monde des hommes. Je tombai dans une profonde dépression — tout rêve d'évasion était désormais impossible. Je vivais dans un sexe qui n'était pas le mien, je menais une vie d'esclave, et j'appris bientôt que j'aurais l'honneur de partager, de nouveau, le miracle de donner la vie avec les prêtresses qui avaient connu le plaisir de la couche d'un homme!

Le temps passant, je finis par être responsable d'un groupe de servantes, et c'est alors que je pus trouver du plaisir à leur faire subir ce que j'avais connu. C'est le seul plaisir qui me restait! On allait craindre Alda comme j'avais craint Rhéa

Et dire que j'étais devenu une femme pour avoir voulu montrer que j'étais un homme, courageux et preux. Je hais la Déesse!